vendredi 30 mai 2008

Le merveilleux voyage de la grand-mère de Nils en Suède…

JOUR 10 - mardi 27 mai

Réveil au son des cloches au monastère de Vadstena. Sten est en effet au poste à 8 heures tapantes. Il me confirme que le marquage est plus avancé en Norvège qu’en Suède. Il connaît d’ailleurs mon cousin éloigné Arne Bakken qui était le premier « prêtre de pèlerinage » à Nidaros dans les années 1990. Il a également écrit plusieurs ouvrages sur cette cathédrale, la plus magnifique et la plus importante en Scandinavie.
Sur ce, je passe en coup de vent à la fabrique de verre soufflé de Vadstena, juste à côté du château, avant de mettre le cap au nord comme le jar domestique entraîné par les oies sauvages dans le « Merveilleux voyage de Nils Holgerson ». Juste avant l’arrivée à Sunne, dans le parc du magnifique domaine de Rottneros (celui de la « Saga de Gösta Berling »), on peut admirer un groupe de sculptures des femmes qui dansent sous les jets d’une fontaine (une image connue de Konserthuset à Stockholm) de Carl Milles, une sculpture du Norvégien Gustav Vigeland (connu pour le célèbre parc du même nom à Oslo), mais aussi une œuvre du Danois Kai Nielsen (que je croyais était uniquement illustrateur pour contes fantastiques) et des sculptures assez érotiques du Suédois Per Hasselberg, etc.
De l’autre côté du lac Fryken, se trouve Mårbacka, la ferme de l’écrivaine Selma Lagerlöf, l’auteur du « Merveilleux voyage de Nils Holgerson ». Il paraît qu’elle avait toujours rêvé d’avoir une grande maison blanche néoclassique (un peu dans le même style que le manoir Rottneros) au lieu de l’adorable petite « stuga » rouge, si typique de la Suède. D’ailleurs, il n’y a pas d’oies dans la grande mare aux canards, seulement un couple de paons dans l’enclos. Je crois bien qu’elle était un peu « stormannsgal » (folie des grandeurs), cette chère Selma, tout comme les propriétaires de Rottneros qui voulaient se rapprocher du roi. Quelle idée de faire un manoir néoclassiques avec une façade à colonnes et un parc à sculptures ici en rase campagne, si loin vers le nord ! Mais, on ne refait pas les Suédois.
J’arrive à 16h30, une demi-heure trop tard pour la visite guide de l’intérieur de la maison. Même si j’argue que je viens de Paris exprès pour visiter cette maison, on me dit que c’est trop tard, il n’y a rien à faire. L’heure c’est l’heure ! Et on ne plaisante pas avec ça en Scandinavie. Arriver 5 min. en retard, ici est très mal vu. Moi, je m’en fous finalement. Il me suffit largement de voir la maison à l’extérieur, de voir dans quelle région elle est située. La nature et les gens ressemblent déjà beaucoup à la Norvège et aux Norvégiens ici dans le Småland.
Puis, je repart vers le Klarälvdal (la Vallée de la Rivière claire) vers la frontière norvégienne, rivière qui est gonflée de la fonte des neiges en montagne. C’est très beau. Je trouver la route secondaire (en terre) qui mène vers la montagne où se trouve le chalet d’alpage transformé en auberge de jeunesse et où j’ai projeté de passer la nuit. La route grime sur la colline, entre les sapinières et les rochers. Je trouve enfin la ferme, mais il n’y a pas un chat. (ou plutôt une chèvre, car c’est une ferme de chèvres). Je redescend et reprend la route, espérant trouver une autre auberge de jeunesse. Il n’y a plus que des campings avec des chalets à louer. Comme il n’y a personne d’autre, on me propose seulement des chalets pour 2 ou 4 (avec le prix en conséquence). En plus, les emplacements n’ont rien de spectaculaire. Je me dit que j’en trouverais certainement un peu plus loin. Que dalle ! Je passe la frontière norvégienne, presque sans m’en apercevoir. La frontière entre la Suède et l’Union européenne est beaucoup plus visible. Ici, il y a juste un panneau disant qu’à un certain liu-dit à quelques km sur une route secondaire, se trouve un bureau des douanes si on à quelque chose à déclarer.
Le soir est déjà bien avancé à mon arrivée à Trysil (célèbre pour ses stations de ski alpin). Là il n’y a que de grands hôtels avec les prix des nuitées en conséquence. Que fais-je ? Où vais-je ? That is the question. Finalement, il ne reste que quelque 200 km pour arriver chez mon frère, à Telneset. Je me dit que je peux toujours dormir quelques heures dans la voiture si le besoin se fait sentir. De toute façon, les nuits sont de plus en plus claires à mesure que j’avance vers le nord. Je suit toujours la Klarälv qui devient la Trysilelv côté Norvégien, et qui vient du lac Femund. Les habitations sont de plus en plus clairsemés, je suis pratiquement seule sur la petite route qui devient complètement féerique dans cette lumière envoûtante de la nuit sur la montagne et qui se reflète dans les nombreuses mares comme autant de petits miroirs qui reflètent le coucher de soleil qui dures depuis 4 ou 5 heures. C’est tellement magique que je m’arrête de nombreuses fois pour prendre des photos. L’horizon se remplit de pics de montagnes couverts de neige et qui rosissent dans l’air cristallin. Tout ça se mirent dans l’eau. Il devient par contre de plus en plus froid de sortir de la voiture. Les arbres n’ont plus de feuilles. Les trous d’eau des tourbières sur le haut plateau se couvrent d’un voile de vapeur. On croirait voir danser les elfes. Il est minuit. Et il ne fait toujours pas noir, seulement cette clarté laiteuse des nuits du Grand Nord.
La route redescend dans la vallée d’Østerdal par Tolga. J’arrivée à destination vers minuit trente, un peu fourbue. J’ai fait plus de 700 km. Heureusement qu'un lit douillet m’attend.

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